Monstres

Revue Nouvelle n°5 / 2017

« On ne peut tout dire, mais les monstres ne meurent pas, ce qui meurt est la peur qu'ils inspirent. » À force de vouloir à tout prix les tuer, on ne voit peut-être plus les monstres et on a un monde de peur. Continuer

Les articles qui composent ce dossier ne sont pas homogènes, et il ne s'agit pas de les faire rentrer dans une forme. Le dossier est un peu monstrueux : tant mieux, c’est de cela qu’il s’agissait de parler ! Tout de même, on y distingue une sorte de fil rouge, car un rapport avec nos monstres est possible, nécessaire, souhaitable ou indispensable… Ce rapport ne passe pas par la négation, la disparition ou la domestication : il faudrait écouter plutôt que faire taire.

Mais écouter un monstre n’est pas simple. Les monstres ne communiquent pas, ils ont leur manière monstrueuse de dire les choses. On ne peut pas raisonner avec Godzilla ou King Kong, personne n’arrive à dialoguer avec la créature du docteur Frankenstein, pourtant très cultivée et polie à la fin du roman de Mary Shelley. Les monstres de foire de Freaks ont leurs propres codes, incompréhensibles pour les autres. Quant aux Donuts tueurs…

Avec les « monstres sociaux » la question est certes un peu différente, mais s’ils sont taxés de monstres et non de criminels, c’est souvent parce qu’au-delà du contenu de leurs actes, il y a l’idée d’une incompréhension absolue.

L’autre élément qui ressort de ce dossier tient peut-être dans le fait que la relation avec les monstres est possible puisqu’ils ne nous sont pas complètement étrangers. Ce n’est pas tant que les monstres seraient un peu raisonnables, mais plutôt que nous sommes tous un peu monstrueux.

Il y a dès lors toutes sortes de manières d’écouter.

Guillermo Kozlowski introduit ce dossier en questionnant la fonction sociale des monstres à différentes époques. Il note que l’utilitarisme n’a que faire des monstres, qu’ils sont finalement rejetés dans « l’angle mort » de nos conceptions, mais qu’ils n’ont pas disparus pour autant…

Christophe Mincke et Quentin Verreycken interrogent également les représentations collectives des monstres, au travers du domaine de la création cinématographique. Ils proposent d’étudier la fonction des monstres dans les nanars : des films ratés, monstrueux eux-mêmes dans leurs ratés, mais d’après leurs avis passionnés, porteurs d’une sorte de sagesse quant à la perception de notre monde.

Paola Stévenne parle des monstres contemporains en portant le regard sur un documentaire d’Andrés Lübbert, La Couleur du caméléon. Ce film pose en effet une question cruciale : « comment quelqu’un devient-il un monstre ? ». En l’occurrence, l’auteur du documentaire a cherché à comprendre comment son propre père a été amené à torturer pour les services secrets chiliens, via un processus de conditionnement dont il a lui-même été la victime. Questionnant les frontières entre victime et bourreau, entre humain et monstre, P. Stévenne voit dans ce documentaire une source d’optimisme : il est possible d’échapper à la machine à produire des monstres, par la force des liens entre humains.

Ariane Bazan revient elle aussi sur les monstres humains, dans une analyse qui fait écho au texte de Paola Stévenne. Elle suggère que nous avons tous en nous la potentialité d’être un monstre, que cette potentialité est inhérente à l’être humain. Ce qui nous retient d’un basculement dans les formes les plus absolues de violence, c’est la possibilité d’une séduction amenant à tisser des liens avec d’autres… Humiliation et isolement produisent des monstres, mais il y a moyen de contrer ces processus. Sans pour autant croire dans la chimère d’une société sans violence et en partant du principe que « rien n’est jamais acquis à l’homme ».

Claudine Liénard propose, dans son article sur les sorcières, de réactualiser le lien construit au fil des siècles entre les femmes et la monstruosité, de le revendiquer : « Nous sommes toutes monstrueuses ». Il s’agit de raconter ce que les sorcières savaient, ce qui leur était réellement reproché, la répression sanguinaire à leur encontre, et ceci sous la bannière de la lutte contre les superstitions. Il s’agit aussi de montrer que cette histoire n’est pas finie et comment elle résonne aujourd’hui : la sorcière, par sa faculté de faire chanceler les hiérarchies de sexe, mais aussi par son rapport à l’environnement, par son lien aux communs, constitue une figure toujours pertinente pour toutes celles (et tous ceux) qui veulent dépasser le modèle capitaliste qui s’effondre sur lui-même.

Renaud Maes conclut ce dossier en s’intéressant à un monstre qui, plus que tous les autres, est un pur produit de l’évolution capitaliste, à savoir le cyborg. Selon lui, deux figures de cyborg coexistent : le cyborg aliéné et le cyborg sexy. La question est de savoir de quel côté les humains sans cesse améliorés s’orienteront. La quête permanente de performance individuelle l’emportera-t-elle sur les potentialités subversives dont le cyborg est porteur ?

Ce dossier se poursuit aussi sur notre site internet faisant de lui un hybride d’un genre nouveau, fruit d’une expérience inédite pour La Revue nouvelle. Christophe Mincke et Fabien Gardon approfondissent, exemples (et extraits) à l’appui, la réflexion sur la puissance laudative des monstres nanars. Christophe Mincke et Christophe Davenne interrogent le mythe des vigilantes, partant du principe qu’elles sont des monstres certes plus discrets que les aliens et autres loups-garous, mais tout aussi monstrueux. Enfin, John Pitseys propose une esquisse de philosophie politique monstrueuse.

En faisant vivre nos monstres tout au long de ce dossier, nous offrons à la lectrice ou au lecteur un parcours qui n’est pas sans ressembler à la visite d’une maison des horreurs. Et comme le veut l’avertissement classique pour cette attraction : ne vous inquiétez pas, parfois, on peut en sortir sain ou sauf. Voire, qui sait, par le dialogue avec les monstres, devenir plus humain.


Livre broché - 12,00 €
PDF - 6,00 €

Spécifications


Éditeur
La Revue nouvelle
Auteur
La Revue Nouvelle,
Langue
français
Catégorie (éditeur)
Sciences économiques et sociales > Sciences politiques et sociales > Sociologie
Catégorie (éditeur)
Sciences économiques et sociales > Sciences politiques et sociales
Catégorie (éditeur)
DUC > Sciences économiques
Catégorie (éditeur)
DUC > Sciences politiques
Catégorie (éditeur)
DUC > Sciences sociales
Code publique Onix
06 Professional and scholarly
Date de première publication du titre
25 juillet 2017
Type d'ouvrage
Numéro de revue

Livre broché


Details de produit
1 A4
Date de publication
25 juillet 2017
Code interne
00353809201705
Format
16 x 25 x cm
Poids
20 grammes
Prix
12,00 €
ONIX XML
Version 2.1, Version 3

PDF


Details de produit
1 PDF
Date de publication
25 juillet 2017
Code interne
PDF00353809201705
Prix
6,00 €
ONIX XML
Version 2.1, Version 3

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